Historia 2015 N°820 : Hitler
L'auteur s'applique à démontrer que l'horreur nazie est l'aboutissement logique de notre civilisation occidentale, plus précisément dans sa version américaine.
Selon la méthode pratiquée par les complotistes et autres négationnistes, il retient parmi une foule de faits ceux qui servent sa démonstration, les met en exergue et oublie les autres.
Jean-Louis Vuillerme établit ainsi une filiation directe entre le nationalisme hérité de la Révolution française, le racisme yankee, le totalitarisme communiste... et le nazisme. Notons qu'avec le même raisonnement, on pourrait aussi faire dériver le djihadisme actuel de l'islam des origines, avec le retour à l'esclavage, au meurtre de masse, à l'enfermement des femmes etc.
La vérité historique est sans doute plus simple : comme tous les phénomènes historiques, le nazisme s'inscrit dans son environnement. Il en tire sa substance, ce qui ne l'empêche pas aussi d'être en rupture avec la civilisation dans laquelle ils ont grandi.
Revenons-en au dossier du magazine Historia : Comment Hitler s'est inspiré de l'Amérique des années 1920. Il débute par un article sur un théoricien américain de l'eugénisme et du racisme, Madison Grant. Cet inconnu est abusivement présenté par Jean-Louis Vuillerme comme le maître à penser de Hitler. C'est oublier les théoriciens beaucoup plus connus comme Chamberlain, Galton, Gobineau... qui sévissaient à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle dans tout l'Occident et que Hitler connaissait plus sûrement.
En matière d'antisémitisme, sujet abondamment rebattu, il est hasardeux de faire de l'industriel américain Henry Ford un maître à penser de Hitler comme le suggère un autre article du mensuel ! On sait que les Russes - plus que les Américains - firent figure de précurseurs. Cela dit, si abjects que furent leurs actes, ils n'allèrent jamais jusqu'à préconiser comme les nazis l'extermination systématique des Juifs.
Historique
La revue Historia est créée par Jules Tallandier, un ancien libraire devenu éditeur, qui lance en 1908 le magazine Lisez-moi, composé de récits d'aventures, et son pendant littéraire Lisez-moi bleu. En décembre 1909 paraît le Lisez-moi historique sous titré Historia. Le magazine cesse de paraître de 1937 à 1945.
Maurice Dumoncel, président des éditions Tallandier et petit-fils de Jules Tallandier, relance en 1946 le magazine illustré Lisez-moi Historia, « la revue vivante du passé ». En janvier 1955, le magazine prend son titre actuel.
Leader des magazines de vulgarisation historique d'après-guerre, la revue tire à près de 300 000 exemplaires dans les années 1960 avant de voir son succès décliner. En 1994, Historia et Historama fusionnent en une seule revue tirée à 120 000 exemplaires.
Elle publie des articles et des dossiers auxquels participent des historiens connus. Les dossiers sont approfondis dans un bimestriel thématique.
En 1999, le groupe Sebdo-Le Point, propriété de Francois Pinault par l'entremise de la société Artémis, son holding financier, rachète les éditions Tallandier, éditeur de la revue Historia.
Les éditions Tallandier sont ensuite fragmentées. La branche presse est conservée au sein du groupe Sophia Publications du Point.
En 2014, François Pinault cède Sophia Publications à Maurice Szafran, ancien président de Marianne, Thierry Verret, ancien PDG du groupe France agricole et Gilles Gramat, associé du fonds Pragma Capital.
En juin 2016, le groupe Perdriel, propriétaire de Challenges et de Sciences et Avenir, rachète la société Sophia Publications, éditrice de La Recherche, L'Histoire, Historia et Le Magazine littéraire.
En 50 ans, les ventes d'Historia ont été divisées par 6, passant de 300 000 exemplaires mensuels dans les années 1960 à 50 000 exemplaires en 2016, subissant l'érosion commune à l'ensemble de la presse écrite française.
Le 13 décembre 2017, le constructeur automobile Renault annonce qu'il acquiert 40 % des parts de Sophia Publications, afin de fournir des contenus aux utilisateurs des véhicules connectés de la marque.
Renault est finalement sorti du capital en décembre 2019.
Au printemps 2023, un rachat de la revue par le groupe LVMH est évoqué et l'essayiste Franck Ferrand est pressenti à la direction du comité éditorial, qui s'en inquiète dans un communiqué en raison de la participation de Ferrand au magazine Valeurs actuelles où il tient une chronique depuis 2021. Le communiqué appelle à la « vigilance » sur la ligne éditoriale d’Historia et à une « neutralité absolue d’un point de vue politique et idéologique »
À l'issue du rachat, en octobre 2023, l'historien Olivier Coquard quitte le comité éditorial pour dénoncer les partis pris par Franck Ferrand, déplorant que ce dernier souhaite diminuer la taille des dossiers et publier des articles romancés et moins d'articles d'universitaires. Olivier Couard dénonce également les propos tenus par Franck Ferrand lors de la première réunion tenue après le rachat, des propos dénigrant le raisonnement scientifique, affirmant que l'archéologie ne serait pas une preuve et réafirmant les vues complotistes et antivax que Ferrand avait publiées dans la revue d'extrême droite Valeurs actuelles durant les débuts de la pandémie de covid-19 ; tous propos en raison desquels Coquard ne souhaite plus être associé au magazine.